Le magazine de Versailles

Le Magazine de Versailles

Portrait Page 5

Septembre 2006

Alexis Ferrier

" Le croqueur d'images "

Alexis Ferrier est un chasseur d'images qu'il met, avec humour et poésie, en page. L'illustrateur ressemble aux drolatiques créatures de ses bandes dessinées qui semblent n'avoir jamais grandi. Derrière le personnage pourtant se cache l'artiste : écrivain, dessinateur, sculpteur, photographe animalier, globe trotteur, pourfendeur de sorcières et croqueur de bestioles acadabrantesques.

 

Alexis l’avoue d’emblée, «  dès la maternelle, j’étais un sale gosse qui refusait de faire la sieste ». Pour qu’il se tienne sage, on lui donnait alors un crayon et du papier. Lui dont l’univers familial était peuplé de peintures, de dessins, de photos, d’engins qui vrombissaient, entre un père journaliste automobile et une mère critique littéraire, spécialisée dans la BD,  il était donc tout naturel, qu’on le retrouve sur des planches, une plume, un pinceau, un crayon ou un feutre à la main ! Ses références ? Hugo Pratt, Manara, Druillet, Moebius, pour ne citer que les plus grands -« J’ai loupé l’étape du Babar ! » avoue-t-il facétieux – et pour les anonymes « la voisine ( madame Mouchou, voûté et toute petite, presque Yoda en moins verte…) de mes grands parents en Normandie, véritable sorcière habillée de noir. On se cachait pour voir ses chaudrons et ses vieilles culottes suspendues à une ficelle qui traversait la pièce » car la sorcière était herboriste « rebouteuse » assurément, et vivait dans la forêt des Elfes (au cœur de la Suisse Normande). Cela ne s’invente pas!

Toujours dans la lune « ce n’est qu’une première étape, après il y a toutes les planètes du système solaire » blague-t-il,Alexis se forme à l’Académie Charpentier de Paris et « furieusement pressé de travailler », fait des « petits contrats ». C’est donc sur le terrain qu’il se forge le trait auprès des éditeurs jeunesse les plus renommés car le public qu’il affectionne, c’est celui des enfants «, ‘ ils m’apprennent à rester en prise avec le monde réel car pour aborder celui de l’image il faut passer par le réel et puis ils sont gourmands de connaissances». Ce sont sa première source d’inspiration. Il les rencontre à travers les multiples festivals qu’il fréquente et les ateliers qu’il anime tant à l’étranger qu’en France. Comme récemment à Versailles, où il est né et où il vient de mettre en scène, dans le cadre des goûters littéraires organisés par la Mairie en partenariat avec l’Association « l’Arbre de mots’ ,  une «  journée d’un lointain descendant du roi soleil, le droïde L.XIV,  à Versailles en 2096 ». Sur une idée proposée par un petit Versaillais de 8 ans, les images ont fusé, les enfants s’en sont donnés à cœur joie et Alexis aussi « Je dessine très vite dans ma tête : c’est un exercice à la fois angoissant, parce que je travaille sans filet, mais très stimulant. Avant tout je pense au plaisir que cela va apporter aux enfants. L’important est de les pousser dans leur créativité ». Du bonheur, il en donne, si l’on en juge par les rires et les créatures cocasses qui jaillissent de la pointe de son feutre.

Et s’il nous projette dans le Versailles du XXIIe siècle, il garde pourtant les pieds sur terre, le cœur toujours près des enfants, des siens, lui qui n’arrête jamais de courir la planète, un appareil photo et un carnet de croquis à la main, lui qui ramasse des « nonosses » (sic) dans le désert ou des bouts de ferraille pour en faire naître des sculptures intergalactiques, lui qui ne cesse de rêver éveillé, de croquer des yeux la moindre situation, de créer de tout, de rien. Et lorsqu’on lui demande de façon incongrue quel genre de vieillard il aimerait être, il répond d’un grand sourire (en toute modestie !) « Albert Jacquard, parce qu’il est pétillant et qu’il est passionné ».